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Contester la coiffe des rotateurs

Rencontrez la coiffe des rotateurs : le groupe musculaire scapulohuméral. Roi et maitre de l’articulation glénohumérale, il doit son appellation à son mouvement principal, la rotation. Cependant, son hégémonie de l’épaule est constamment contestée par ses nombreux et dominants voisins qui soumettent la tête humérale à l’anarchie de leurs impulsions. L’opposition d’un désir de stabilité aux mouvements exaspérants d’une articulation fragilisée par son immense mobilité revient à bâtir une fondation en terrain marécageux : pas la meilleure des idées. La coiffe va donc constamment en guerre contre les forces qui ébranlent la paix dans son petit patelin. Et qui dit nombreux efforts dit nombreuses opportunités à devenir problématique.

Afin de mieux comprendre nos joueurs, il convient de les examiner individuellement.

Supraépineux (sus-épineux)

Le populaire du groupe puisque, statistiquement, il est le plus prompt aux déchirures et tendinopathies. Originaire de la fosse sus-épineuse, passant entre l’acromion et l’apophyse coracoïde pour s’insérer au trochiter. Sa force principale se combine au deltoïde afin d’exécuter l’abduction. Si notre membre de la coiffe devient fautif, le deltoïde deviendra l’unique abducteur digne de ce nom. Une belle prédisposition à la compensation qui propagera les problèmes de la coiffe au deltoïde.

Infraépineux (sous-épineux) et petit rond

Partant respectivement de la fosse sous-épineuse et du bord externe pour finalement s’unir au trochiter, ces deux muscles sont les seuls qui exécutent la rotation externe aidés du deltoïde postérieur. Les deux se partagent la tâche : l’infraépineux effectue la majorité du travail en position neutre alors que le petit rond s’active davantage avec le bras à 90 degrés et plus d’abduction. Comparons l’étendue et la force de leurs antagonistes : le grand pectoral, le grand dorsal, le grand rond, le deltoïde antérieur et le subscapulaire. Le rapport de force n’est pas en leur faveur, vous serez d’accord.

Subscapulaire (sous-scapulaire)

Le rebelle du groupe situé à l’interne, sur la fosse sous-scapulaire plutôt que l’externe et s’insérant au trochin en opposition au trochiter comme les trois autres, il est l’excentrique qui effectue une rotation interne; le traitre qui se joint aux autres rotateurs internes pour saboter ses confrères.

Couronner la coiffe des rotateurs

Stabilité de l’épaule

Malgré tous ces mouvements disparates, les quatre membres de la coiffe de l’épaule unissent leurs efforts pour assurer la stabilité glénohumérale en agissant comme « ligaments actifs ». Toute force appliquée sur l’articulation n’activera pas isolément l’un d’entre eux, mais entrainera invariablement un effort synergique du groupe dans l’objectif d’éviter une dislocation en générant une compression et une centralisation de la tête humérale.

  • Le supraépineux préserve la stabilité du plan coronal en plaquant la tête humérale dans la cavité glénoïde et en empêchant, par exemple, l’élévation de la tête sous l’effet abducteur du deltoïde ou contrecarre son abaissement lors d’une levée de charge. L’effort est d’ailleurs aidé naturellement par le crochet du tendon du long biceps.
  • L’infraépineux et le petit rond inhiberont les glissements antérieurs, et le subscapulaire, les postérieures. Le souque à la corde entre l’infraépineux et le subscapulaire garantit une centralisation de l’articulation au plan transversal tout en contribuant à la compression.

Puisque nos quatre protagonistes agissent à l’unisson, l’atteinte problématique de l’un d’eux amène forcément une instabilité dans une articulation déjà intrinsèquement instable. L’affectation devient rapidement contagieuse alors qu’une compensation s’installe, et l’épaule requiert immanquablement une rééducation complète.

De plus, l’individualité de chacun des muscles de la coiffe n’est qu’une apparence puisque ses tendons, les ligaments et la capsule s’intègrent pour former une couronne qui encercle, englobe et « coiffe » la tête humérale.

  • Les tendons de l’infraépineux et du petit rond se fondent ensemble peu avant de s’insérer au trochiter où celui du supraépineux les rejoint. Certains ouvrages vont inclure le tendon de ce dernier à cette fusion.
  • Le subscapulaire, isolé seul au trochin, associe son tendon à celui du supraépineux dans l’intervalle des rotateurs pour se combiner à la capsule articulaire et aux ligaments huméral transverse, coracohuméral et glénohuméral supérieur pour former une voute stabilisatrice et une poulie pour le tendon du long biceps.

Ligaments à la rescousse!

Heureusement, la coiffe n’est pas le seul acteur stabilisateur de l’articulation glénohumérale. Les ligaments effectueront leur devoir ancestral sacré d’un complexe ligamentaire.

  • Le coracoacromial freinera l’élévation.
  • Le coracohuméral utilisera sa position élevée pendant que les bandes antérieures et postérieures du glénohuméral inférieur agiront comme hamac pour limiter l’abaissement de la tête. Cependant, la souplesse exprimée par le glénohuméral inférieur pour permettre l’abduction prédispose malheureusement la dislocation inférieure et empoisonne la vie du supraépineux.
  • Les glénohuméraux supérieurs et moyens contrecarreront le glissement antérieur.

La position en antérieur des ligaments amortiront aussi surtout l’abduction et la rotation externe. Cependant, seule la bande postérieure du ligament glénohuméral inférieur ralentira la rotation interne, et il ne s’agit pas de sa spécialité. Résister la force rotationnelle des multiples rotateurs internes sera donc majoritairement confié à la coiffe.

En outre, de nombreux propriocepteurs tapissent l’intérieur de la capsule articulaire, concentrés davantage en antérieur et en inférieur. Le contact de la tête huméral avec ceux-ci entraine une activation de la coiffe afin de mitiger le stress exercé sur les ligaments. Comme quoi peu importe la situation, la coiffe des rotateurs sera impliquée à contenir la tête humérale.

En conclusion, l’épaule bénéficie d’une amplitude incroyable endurant une utilisation prodigieuse. Avec un complexe ligamentaire limité, une cavité glénoïde superficiellement concave et de nombreux puissants muscles voisins influençant grandement autant l’omoplate que la tête humérale, la coiffe déploie un effort de stabilisation dans un terrain hautement miné où le fruit de ses labeurs est constamment mis en péril. Elle mérite sa couronne.

Bons soins!

 

Philippe-Olivier Jasmin